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CONSEIL REGIONAL
SEANCE PLENIERE
des 25 & 26 OCTOBRE 2001
Intervention de Michèle Morel sur l’adoption des 35H dans les
services de la Région
Délibération 01.11 682: Amenagement & réduction du temps de travail
pour les services de
la region -
Madame la
Présidente, mes chers Collègues,
L’application
d’une loi revêt un caractère obligatoire mais d’un autre côté, nous
ne voyons pas la raison pour laquelle nous devrions nous y
soumettre, si cette loi n’est pas une bonne chose pour la
collectivité. D’ailleurs tous ceux qui se sont empressés d’appliquer
la loi Aubry oublient ceux qui ont su refuser d’autres lois, malgré
des pressions bien pire, c’était il y a 60 ans.
Nous observons
des bonnes choses dans cette loi, que j’évoquerai, mais dans
l’ensemble, nous sommes assez hostiles à cette forme dictaturiale de
réaménagement du temps de travail dans la fonction publique.
D’abord au plan
national
Il y aura autant
d’accords cadres qu’il y a de collectivités territoriales et le
rapport Roché d’il y a deux ans est toujours d’actualité puisqu’il
évoque la nécessité de textes communs afin de trouver des cadres
cohérents quant à la réglementation non seulement du temps de
travail mais aussi la rémunération de base et la définition des
astreintes, s’il y a lieu. La formation aurait dû tenir un rôle
important, ce qui n’est pas le cas, j’y reviendrai. En fait, la loi
de l’ARTT aurait dû être la loi du travail dans la fonction publique
et sa réorganisation en profondeur.
Aucun pays
industrialisé d’Europe n’a jamais tenté une réduction aussi forte de
4h et visiblement pour le gouvernement français la croissance du
temps libre est une priorité au détriment de la croissance
économique et la nécessaire remise à plat des effectifs de la
fonction publique à l’échelle de la nation tout entière. Le silence
qui entoure d’ailleurs cette étape est assez révélateur. Le
processus a obligation d’être appliqué sans que l’on puisse en
connaître ses effets réels ni ses incidences budgétaires dans le
temps et, vous en conviendrez, c’est ennuyeux pour un projet d’une
telle ampleur, de surcroit coûteux pour les finances publiques. Les
ministères sont quasiment dans l’incapacité de mettre en place ce
dispositif.
Le poids des 35H
sur le budget constitue une interrogation car si la croissance
revient, les revendications salariales vont revenir au galop dans le
privé comme dans la fonction publique.
Le seul point
positif que nous relevons est l’opportunité pour la DRH régionale de
procéder à une redistribution de l’emploi existant, ce qui signifie
= réduire l’emploi là où des réserves existent pour faire face aux
besoins s’exprimant ailleurs. Ce qui signifie en clair = avoir une
gestion prévisionnelle de chaque emploi à la Région. Dans ces
conditions, la restructuration a un sens. Cela paraît évident et
pourtant il existe peu d’exemples de vraie gestion prévisionnelle de
l’emploi public. Ce sujet est tabou par excellente et c’est fort
regrettable car c’est un sujet qui représente l’avenir. Rentabilité,
performance sont des critères qui doivent entrer dans la gestion de
la fonction publique comme cela se fait dans le privé et c’est
normal.
L’évolution des
effectifs est systématiquement déterminée au coup par coup, année
après année, au tout dernier moment, le plus souvent d’ailleurs en
cours même d’année pour des raisons plus politiques que techniques
et le risque est évident = nous sommes obligés de constater un
véritable dérapage incontrôlé et indifférencié des effectifs sans
garantie d’amélioration du service rendu.
Dans le protocole
d’accord, la formation du personnel est évoquée assez succintement
et pour tout dire, je dirai que vous êtes probablement passé à côté
car si vous voulez aller jusqu’au fond des choses, autant moderniser
les concepts mêmes sur la formation du personnel. On aurait pu
penser que sous influence de la commission « formation continue »,
des idées novatrices émargent en priorité et bénéficient après tout
au personnel de la région.
Admettons un
instant la nécessité des 35H (encore une fois, courant contraire à
tous les autres pays d’europe) ; appliquons ces 35H en libérant
ainsi du temps mais du temps qui s’investit dans la formation. La
formation est un droit individuel dont une partie pourrait s’exercer
en dehors du temps de travail effectif. Une sorte de « compte
épargne formation » pour chaque salarié. Un effort partagé en
quelque sorte entre la collectivité et son personnel. La formation
considérée comme le fruit d’une réflexion commune
hiérarchie-salarié. Alors comme ça oui, il y a une moralité à la
réduction du temps de travail ; mais c’est pas la seule idée.
Nous avons un
autre souci = la loi Aubry ne tient absolument pas compte de la
gestion des départs en retraite également (c’est plus de 40% des
fonctionnaires qui partiront à la retraite d’ici 2010). On avait là
l’occasion parfaite de pouvoir penser qu’avec les années, un
meilleur contrôle des effectifs publics allait pouvoir s’amorcer en
douceur. Avec les 35H , ces perspectives sont totalement remises en
cause.
Le cabinet
extérieur qui a participé à cette mise en place, à hauteur de
700000F nous laisse perplexes. Qu’y avait-il de si complexe à
réaliser au niveau d’heures administratives pour que son temps
d’étude dépasse un trimestre d’études. Faut-il en conclure des
dysfonctionnements très importants au niveau des services ? En tous
cas, le marché des 35H au plan national est un marché juteux pour
les consultants = il s’est développé plus de 4000 cabinets en France
pour la circonstance.
En ce qui
concerne les indemnités = l’égalité étant la pire des injustices,
ramener les grilles de salaires au seul critère de l’égalité entre
agents est une erreur fondamentale car les administrations –tout
comme le monde du travail privé- = la compétence mais aussi la
qualité du comportement personnel, la maitrise de l’absentéisme et
le sens des responsabilités sont autant de critères indispensables
de rémunération. La région fait un pas en arrière en adoptant le
principe de l’uniformité.
Pour finir, sur
les 35 créations d’emploi que vous présentez dans la note qui nous a
été remise, il est en réalité impossible de savoir s’il s’agit d’un
bilan prévisionnel. Aucun de vous mes chers collègues est capable de
faire la part entre les emplois qui auraient été de toute façon
créés dans le contexte actuel et ceux qui résultent de l’ARTT.
Nous n’acceptons
pas cette loi ni sa démarche qui, une fois encore, en présentant un
caractère obligatoire, dictaturial empêche l’exercice de la
décentralisation des pouvoirs et des volontés régionales. Nous
dénonçons cette contradiction en nous opposant à ce rapport.
Je vous remercie
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